Pourquoi un rêve ? Ce n'est qu'une course, longue certes.
Ce parcours signifie plus pour moi.
Depuis bientôt 39 ans, le massif du Mont Blanc est un des paysages de mes vacances hivernales et estivales. Je l'ai admiré dans tous les sens, tous les temps, toutes les nuances. Je
l'ai gravi plusieurs fois et m'y suis aussi cassé les dents...
Bref, c'est Ma montagne !!
Depuis que je me suis mis au trail, l'UTMB était là présent, d'abord dans les magazines, les vidéos . C'était inaccessible mais j'étais envieux de ces gars qui enchainaient le tour et tous ses
paysages.
Mes passions, le Mt Blanc et le trail, m'ont "naturellement" emmené vers cette fin août 2011.
Avec l'expérience et l'entraînement, je me suis trouvé en situation d'aller m'y frotter. D'abord, à la CCC en 2009 qui est loin d'être la petite : c'est une énorme course, dense qui ne laisse pas
de place aux doutes ou aux coups de mou.
Retour en 2010 pour la TDS finalement annulée et j'ai effectué le parcours de repli de l'UTMB (Courmayeur/Chamonix).
Et me voilà inscrit pour cet UTMB 2011...
La nouveauté, cette année, c'est que je serai accompagné à Chamonix par 6 autres prétendants à l'une des courses et c'est bien de partager son rêve...
Comme vous l'aurez peut être remarqué, Coten'Trail n'est pas dans la ligne des préparations style magazines ou autres : c'est beaucoup plus "au feeling" mais sans que ce soit du n'importe
quoi.
1/ Faut être passionné
2/ Faut s'entraîner sérieusement mais sans se prendre la tête
3/ Faut y aller et toujours avancer
Autant dire que pour les conseils pour réussir un ultra, je me sens mal placé, car pour moi, c'est individuel, personnel et les 8 finishers du week end dernier (même s'ils se sont entraînés
correctement) sont des tire au flanc par rapport aux différents plans d'entraînement édités ou vendus. Par contre, ce sont tous des costauds dans la tête et tous étaient là pour finir.Et ça, on
l'a ou pas et ça ne s'apprend pas !!
Chamonix, le 25/08 : Anthony est dans la montagne et a un début de course "au feeling"qui nous étonne puis nous inquiète mais nous sommes confiants. Le suivi internet est
passionnant mais c'est long entre deux infos...
Les Cccistes se préparent, s'essaient aux nouveaux bâtons (qui cassent), font des séances photos à la cascade du Dard. Moi, je suis Anthony, visite les sites météo et fais quelques achats (ben
oui!! mais pas de chaussures!!).
Dernier repas en commun sans stress, avec mes parents qui nous ont rejoins, et dernière nuit avant longtemps !!
Chamonix, le 26/08 : Anthony est en approche, il arrive dans la vallée. Sympa, il n'a pas trop accéléré et je n'ai pas eu besoin de me lever trop tôt. Les Cccistes sont en
transfert vers Courmayeur et premier SMS de l'orga : départ repoussé de 5h pour cause de trés mauvais temps prévu : c'est reparti comme en 2010 !!!
Petit déj, puis on file pour aller accueillir Anthony.
En fin de matinée, le voilà qui arrive, slalomant entre les touristes, faisant son chemin dans la rue principale et passant cette fameuse ligne d'arrivée. Chapeau : 120 km, 7200 m de D+ en 26h et
... en se remettant d'une hypo et en supportant une rallonge de 8km de route!!!
Il l'a fini sa course de "psychopathe" !!!
Les Cccistes avancent groupés, Bertone, Arnuva, Gd Col Ferret, La Fouly, Champex / super, ça a l'air de rouler pour eux et comme je le dis, à Champex, c'est fini, faut juste rentrer !!!
Moi, je fais moins le malin, surtout depuis qu'il pleut des cordes. Il est 22h, je suis allongé au chaud dans le duvet et il faut que je m'habille, me prépare et me rende au départ à 23h30.
Pendant une accalmie relative, on se dirige vers la Place de l'Amitié où a lieu le fameux départ sous Vangèlis. Malgré le temps, il y a un monde fou mais les visages sont tendus et humides!!
La course, le voyage .... :
L'émotion de ce départ est un peu gâché par les seaux d'eau que nous recevons et la capuche de ma cape me laisse tout de même entrevoir l'émotion et la tension sur le visage de mes comparses. Je
passe l'arche de Départ/Arrivée, me laisse emmener par la foule. Un dernier bisous à mes parents et anthony et c'est parti : seul avec la montagne et ...la pluie.
C'est plat jusqu'aux houches et ça court tranquillement puis la première des montées vers le col de Voza : tranquille, régulière et humide. Le sommet est le lieu d'une véritable tempête : vent
fort et glacial, pluie trés intense, éclairs. Je n'ai pas quitté la cape et gardé la goretex (en réserve) dans le sac. La descente sur St Gervais est rude et super glissante : c'est un concours
de chute (vive les Hoka!!!).
Enfin St Gervais. Mes parents doivent m'y attendre pour me donner un change ce qui me permettra de garder une tenue complète sèche jusqu'à Courmayeur au cas où ?
Les voilà, transis, trempés et déjà inquiets (mes pauvres, ce que je vous ai fait vivre!!!!). Change rapide, ravito et déjà départ car les barrières horaires sont serrées en ce début de
course.
C'est en effet une des caractéristiques de l'UTMB, ce n'est pas cool du tout et faut pas se laisser endormir car sinon c'est la trappe.
Endormi, c'est un peu mon état dans cette longue remontée de vallée : Les Contamines, Notre Dame de la Gorge puis c'est la longue ascension vers le col du Bonhomme.
Le ciel est devenu clair, la pluie a cessé et le premier jour se lève sur un des plus beau paysage de cette boucle (merci le départ repoussé). C'est énorme : les nuages roses sur les sommets, la
neige recouvrant partiellement le sol c'est tout simplement BEAU. Dans cette immensité, une colonne de guss se suivent tel des fourmis vers un des points culminants de la course. Au col, ce n'est
pas terminé, l'ascension continue jusqu'au refuge dans un décor magique. Je ne sais si c'est cet environnement ou la latence de ce petit matin mais j'ai l'impression de planer, je cours détendu
sans douleurs, sans stress, sans rien ni personne : je suis dans ma bulle.
Cette bulle éclate brutalement avec le retour de la pluie vers Les Chapieux : ça c'était pas prévu !!!
Petit contrôle du matériel obligatoire et c'est parti à l'assaut du col de La Seigne par une longue route, un sentier sinueux et 1h30 de tempête de neige; ma cape n'y résiste pas mais je garde
encore ma veste en réserve, au cas où ??
Descente rapide vers le lac Combal, magnifique et retour du soleil et 20°C : brutal !!
Encore une ascencion vers les arêtes Favre et une descente et je serai arrivé à Courmayeur.... C'est idiot mais dans ma tête, à partir de là, c'est gagné, je serai à Chamonix. Il reste pourtant
90km mais bon ??? je connais le chemin maintenant..
Tout va trés bien, je jubile : pas de douleurs inconnues (les autres je les connais donc) 4,5 ampoules dues à l'humidité de la nuit mais pas trop douloureux , le beau temps est là, il fait même
chaud et normalement je retrouve mes parents au ravito.
La descente est avalée en une bouchée peut être trop vite d'ailleurs (pour la suite ???).
Courmayeur : gros centre de vie, la foule et mes parents qui viennent juste d'arriver (bloqués 2 h au tunnel). Je prends mon temps, soigne mes ampoules, me change et surtout demande des nouvelles
des copains cccistes : TOUS FINISHERS. génial, je suis heureux et fiers mais je les imagine en terrasse autour d'une (ou plus) bonne bière.ARRRH !!
Je laisse mes parents pour rejoindre le ravito et ses pâtes et retrouve Robert Deschâteaux, assis et je comprends trés vite. Il a mal au genou, attend Claudine et va abandonner : il est dégouté!!
Moi, je n'arrive qu'à dire des banalités, essaie mais je sais que cette décision n'appartient qu'à lui.
Claudine arrive à son tour dans un état bof et déstablisée par le nouveau SMS de l'orga : détour par Martigny pour éviter Bovines = 170 km (+4) et 9700m de D+ (+200m).
Je ne sais trop quoi en penser, de toute façon faut aller à Chamonix et je repars. je fais un petit bout de chemin avec mon père ("à toute à l'heure à Vallorcine") et j'attaque la grimpette vers
Bertone sous le cagnard et pas de buff. Je m'insulte, j'en ai une vingtaine à la maison et là je vais me prendre un coup de chaleur !! Quel C..!!!
Après quelques minutes d'insultes, j'opte pour la technique Captain Haddock avec un tshirt sur la tête : chaud mais protégé.
Cette péripétie m'a fait avalé les 800m de D+ et je m'engage en courant sur le sentier balcon vers Bonatti et Arnuva. L'envers du Mt Blanc, des Gdes Jorasses, ce passage est trés beau et ludique.
Bonatti, tiens ? ma cheville droite me picotte et semble légèrement enflée. Je découpe la chaussette (pardon Anthony) qui commence à faire garot, me masse. Je n'ai pas de douleurs (pour
l'instant!!!).
En route vers Arnuva et le Grand Col Ferret. Je me sens fatigué mais sans plus, je mange encore toutes les cochonneries sucrées mais les choses vont se corser dans la descente sur Arnuva. Un
point douloureux sur le dessus de le cheville à droite : le tendon releveur. La douleur augmente mais elle est gérable et je cours !!!
Arnuva : j'y vais ou pas ? c'est ce que semble se demander un bon groupe de traileur. Il est autour de 20h, la seconde nuit va tomber, il reste plus de 70km et un temps glacial est annoncé
là-haut.
Je m'équipe version expédition (mais sans goretex) et m'élance vers le géant. En montée, pas de douleurs, je prends mon rythme er ça passe sans soucis à part ce froid qui me fait trembler de tout
mes membres (je perds définitivement la voix!!) et je sors ma dernière cartouche, la Goretex qui me fait passer le col et sa tempête assez confortablement et le contrôleur me jette littéralement
vers la descente ("sinon tu vas geler!!!").
Le brouillard nous y attend. Visibilité : 15m avec la frontale. Autant dire, la progression est lente et stressée !! De plus, je suis seul.... avec la montagne.
La mi-descente arrive, la visibilité revient et la douleur aussi!!! Et l'enchainement se poursuit, descente technique, pentue mais le ravito est là à 10mn .
Et non !!! Là arrive ma première critique sur le parcours : la descente est finie et les 2 années précédentes, le ravito est atteint par la route (500m) mais cette année, pour durcir le truc ??,
faire craquer??, à peine arrivé à la route, un bénévole nous entraine dans un champ et "c'est quoi ces frontales là-haut??" "Ben, c'est vos copains!!!". Bilan 300/400m de D+ et D-!!! et 45
minutes en plus avant de se mettre au chaud.
La Fouly/Champex : 14 km de descente en fond de vallée et un coup de cul de 400m. C'est la partie que j'aime le moins alors je me mets dans un état second et j'avance tel une machine. Mais la
mécanique s'en mêle. A force de protéger le tibia droit, ben c'est le gauche qui se met à couiner +++ et comme ça ne suffit pas le genou, jaloux, prend sa part : et une patte d'oie !!!
Je commence sérieusement à me déconnecter de ma relation avec la montagne pour un rapport trés direct avec mon corps et ses douleurs vives!!!!
La montée sur Champex se passe vite (comme d'habitude) et j'entre fatigué dans le deuxième centre de vie (3h30 pour 14 km !!!). Mon corps souffre. J'ai envie de manger , de me poser et de voir ce
qui reste à faire. Je ne doute pas. Il faut prendre étape par étape : il en reste (normalement), 3 trés douloureuses (les descentes) et deux plus cools (les 2000m de D+).
J'opte pour repas chaud : soupe vermicelle/pâtes/thé et là c'est une plaisanterie : alors que mon corps a mal, que normalement face à ces couteaux dans le tibia et cette aiguille dans le
genou, il devrait dire stop mais que non, pas du tout je n'ai pas du tout même l'amorce de l'idée d'abandonner, le bénévole qui me sert mon repas n'est autre que Guillaume Millet, ultra
trailer, chercheur et auteur d'un article "L'Ultra Trail est-ce vraiment raisonnable ?"paru récemment. J'en rigole et ne lui pose AUCUNE question, ayant peur de la réponse et il me propose de
m'expliquer quelques subtilités physiologiques .... mais plustard. Euh !! d'accord.
Arrive la boucle surprise vers Martigny. Je me dis, les vignes ça peut pas être pire que Bovines et ben si !!! Une descente pentue, glissante droit dans la pente : c'est la fin pour mes tendons
releveurs !! ahhhh!!! Martigny, fin du D- et ben non deuxième surprise de l'orga, on remonte et descend 400/500m de D+. Un ado saoul allongé au milieu de la route m'avait pourtant prévenu : "tu
veux une taff !!" "Euh non, pas pendant le service !!" Tu vas voir c'est drôle, tu montes 40 mn après tu redescends et tu remontes 2 heures !!!".
Trés drôle!! Perso, je ne comprends pas l'intérêt de cet aller/retour ??
Enfin Martigny. Ensuite, c'est 1000m de D+ jusqu'au col de la Forclaz, un km vertical, sans virage, tout droit, un truc de fou à 130km de course !!!
Trient : dernier point avant la fin, enfin presque !! 700 m de D+
Il fait trés chaud dans cette montée et j'ai oublié de faire le plein d'eau !!! C'est donc avec soulagement que je retrouve le point de passage de Catogne et le petit ruisseau qui suit.
Je m'y installe pour 3 choses : prendre de l'eau à la rivière pour remplir la poche, téléphoner pour donner des nouvelles fraiches et essayer de me faire un bandage !!
Claudine passe à ce moment là et me croit en perdition, les pieds dans l'eau !!!
La descente est un calvaire et je pense qu'il faudra que j'appelle le dentiste tellement je serre les dents....
Vallorcine arrive et le bas de la descente se fait en compagnie de tout mes potes qui m'attendent et de mes parents. MERCI pour ce soutien, cette aide, ces émotions qui resteront gravées et c'est
pas fini !!!
Les dernières longueurs se font sous la caméra de Romu, la cloche d'Anthony, la casserole de Franck et les encouragements des autres "tu vas voir c'est facile la fin !! " "Ouais, ouais !!!
Vallorcine/Chamonix : 16km
C'est un moment fort, je suis entouré, supporté (pas porté!!), soutenu..
Le départ du ravito, tous ensemble restera mémorable!! Le col des montets! Argentière et le balcon sud : mes tibias n'en peuvent plus, je ne peux courir que sur les parties planes sans cailloux,
autant dire trés rares mais j'approche, j'approche !!!
Une dernière fourberie de l'orga, 200mD+/D- et enfin le bitume !!!
Romuald, Thomas et Pierre m'accueille et m'indique 1,7 km jusqu'à l'arrivée et on "court" ensemble. Les bords de l'Arve et le reste de la troupe est là et on part tous ensemble vers le
centre!!
Traversée de la route et je tombe nez à nez avec S Chaigneau, si c'est pas beau, que je félicite et réciproquement puis 10 mètres plus loin sur Claudine et Robert ( Claudine finit 3ème V2, ENORME
CHAPEAU) et je poursuis mon chemin vers le graâl, bisous émus à Gaby et Nicole, un dernier virage et je profite, je profite, je me délecte à en oublier les gens qui applaudissent, 100 mètres, 10
mètres, je m'arrête, je ne veux pas le finir ce rêve ..... et FINISHER !!!!
Je suis heureux !!
Je suis exténué, j'en ai marre de souffrir mais je suis aux anges !!!
Les potes sont là, émus aussi, mes parents plus qu'émus et fatigués et je pense à ceux qui ne sont pas là physiquement mais qui m'ont accompagné ces 42 heures et des ....
Et maintenant ?
J'ai les chevilles qui enflent, non pas que je prenne la grosse tête mais le corps me fait règler l'addition !!
Je suis sur mon nuage, dans ma montagne !!
Merci aux chamoniards pour ce week end trés sympa, pour votre amitié et soutien !! Merci pour tous les messages de soutien...
Merci à mes parents pour leur accompagnement et surtout merci à eux de m'avoir fait découvrir, vivre et aimer la montagne !!
Merci à Nat et à mes enfants de me supporter et de supporter ma passion !!
Voilà un rêve est atteint ... mais il en reste tant d'autres !!!